Instagram - 2026
J’ai envie d’allumer Instagram comme j’allumerais une clope.
Pause café, soleil sur la terrasse… Instagram.
Mon doigt se dirige automatiquement vers le fruit du vice,
avec sa bouille rose innocente.
Ça me rassure.
Une bouffée de kiff, puis un instant de vide.
Je plonge dans le tunnel du virtuel,
happée comme dans le trou noir où tombe Alice.
La réalité n’existe plus autour de moi.
Je relève la tête pour apercevoir la lumière, naturelle.
Ouille.
Les images défilent,
mais je suis incapable de me souvenir
de ce que j’ai vu quelques secondes auparavant.
Pénétration, engloutissement
dans le quadrillage morbide du monde virtuel.
Des visages par milliers,
inconnus mais reconnus.
Curiosité ou voyeurisme.
Je me connecte, je me lie.
Une chaîne invisible existe entre eux et moi,
aussitôt née, aussitôt décédée.
Loana - 2026
Année 2001. M6.
Tous les trois, chacun sur une chaise, devant notre écran, dans le salon, lumière du soleil couchant.
Nouveauté absolue. Musique entêtante du générique. Curiosité.
Enfermer des êtres humains dans un parc avec piscine. Observer. Quelle idée ?
Blondeur platine. Douceur. Plateformes shoes, strass.
On ne retient qu’elle. Je ne retiens qu’elle.
Femme fatale ou fatalité féminine ?
On ne retient qu’elle. Je ne retiens qu’elle.
Et puis on oublie, j'oublie. Blondeur platine. Douceur. Plateformes shoes, strass...
Bâtiments République - 2023
J'ai envie de casser les bâtiments, de les retirer et de les emmener. C'est mort, vide, on dirait le tombeau d'un vieil homme oublié. Ces immeubles sont indignes, indigestes, invivables. Ils sont sourds, sales, stupides. J'ai envie de les punir, de leur infliger leur domination. Ils me parque, ils se trouvent ici et vident les rues, absorbent la vie et éteignent les bruits. Ils violent de leur sommet, de leur masse.
Le peintre - 18/7/22 - écrit lors de la résidence au Manoir de Soisay
Huit heures à sonné, le soleil à pris place. Dans le hangar, le peintre est à sa tâche. J’entends sa spatule cliqueter. Telle une scène médiévale, son espace est celui d’un tableau. Rectangle d’ombre et de lumière. Tout de blanc vêtu, il se déplace par petits gestes. Il tourne, tourne autour de sa planche de bois. Il enjolive et répare. Il soigne et caresse.
Le gardien - 18/7/22 - écrit lors de la résidence au Manoir de Soisay
Patrick est le doyen, le seigneur des seigneurs. Il est l’aigle du domaine qui survole les terres. Il est aussi l’arbre, le chêne centenaire qui observe. Ses mains ont coupé le foin, bâtit la maison, planter le charme, cueilli la rose, nourris l’animal. Il s’agenouille et se relève dans l’herbe jaunie telle une prière à sa favorite.
Tu n'es pas loin - 2018
J’ai eu du mal à quitter Paris, le deuil de ma vie là-bas fût long. Aujourd’hui, je me sens ici sans plus fantasmer Paris et ce que je n’y faisais pas. Je quittais Paris comme je quittais quelqu’un. Ce fut une rupture, terrible. Il fallait partir, encore, recommencer ou plutôt commencer ailleurs.
Quitter mes fantasmes. Je me demandais pourquoi quitter cet endroit,
vais-je y revenir ?
J’ai quitté l’être aimé tout entier. Je me suis quittée moi aussi.
Je m’assois pour regarder enfin ce passé proche mais flou, perdu. J’ai entamé une autre vie depuis.
Paris comme une pierre dure, violente, trop lourde qui me fascinait autant qu’elle m’anéantissait, comme si ce début d’histoire devait cesser. Je me suis sentie impuissante face à toi, Paris. Cette ville qui me dépasse, qui me fait rêver de ces endroits où je peux aller, où je ne peux pas aller, où les gens se rencontrent comme des météorites.
Paris, c’est aussi le sexe, l’orgasme, humide. Trop d’êtres humains. Une ville vie. Une ville qui ressemble à tous les êtres humains. Je l’ai quitté comme un homme. J’ai mis une année entière avant d’y retourner.
J’ai réussi à te revoir Paris, avec tellement d’angoisse avec tellement d’envie. Je me balance dans ton ventre comme sur la balançoire de mon enfance.